Lettrer les comptes clients et fournisseurs

Une facture client peut être comptabilisée correctement, son règlement également, et pourtant rester difficile à suivre si le logiciel ne permet pas d’identifier clairement quelles écritures se compensent. Le même problème existe pour les fournisseurs. Le lettrage consiste à associer, dans un compte de tiers, les écritures qui correspondent à une même opération ou à un même ensemble d’opérations : factures, avoirs, règlements ou autres écritures de régularisation. Il permet de distinguer ce qui est réellement soldé de ce qui reste à payer ou à encaisser.

À la fin de ce cours, vous saurez :
  • expliquer le rôle du lettrage ;
  • distinguer lettrage, règlement et rapprochement bancaire ;
  • comprendre le fonctionnement d’un compte client ou fournisseur lettré ;
  • identifier les écritures qui se compensent ;
  • effectuer un lettrage total ;
  • comprendre le traitement d’un règlement partiel ;
  • lettrer plusieurs factures avec un règlement groupé ;
  • comprendre le rôle des avoirs dans le lettrage ;
  • repérer un paiement sans facture correspondante ;
  • analyser un solde client ou fournisseur après lettrage ;
  • utiliser le lettrage automatique avec discernement ;
  • délettrer une association incorrecte sans supprimer les écritures ;
  • repérer les anomalies révélées par le lettrage ;
  • utiliser les écritures non lettrées pour suivre les créances et les dettes ouvertes.

1. À quoi sert le lettrage ?

Prenons un client qui reçoit une facture de 1 200 € puis la règle quelques semaines plus tard.

Le compte client contient alors au moins deux écritures :

Facture : 1 200 € au débit du compte 411

Règlement : 1 200 € au crédit du compte 411

Ces deux écritures se compensent.

Le lettrage permet au logiciel de les identifier comme appartenant au même ensemble soldé.

2. Définition du lettrage

Lettrage

Opération consistant à associer, dans un même compte, des écritures dont les montants se compensent totalement ou qui appartiennent à un même ensemble à rapprocher selon les possibilités du logiciel.

Dans les comptes clients et fournisseurs, le lettrage permet notamment de rapprocher :

  • une facture et son règlement ;
  • plusieurs factures et un règlement global ;
  • une facture, un avoir et un règlement ;
  • plusieurs règlements avec une même facture ;
  • d’autres écritures qui se compensent réellement dans le compte du tiers.

3. Le lettrage ne crée normalement pas une nouvelle écriture

C’est une distinction fondamentale.

Facture : 1 200 €

Règlement : 1 200 €

Ces deux écritures existent déjà dans la comptabilité.

Le lettrage les associe.

Lettrer n’est pas comptabiliser une troisième opération.

Le lettrage ajoute une information de rapprochement aux écritures existantes.

4. Comment le logiciel matérialise-t-il le lettrage ?

Le principe historique consiste à attribuer la même lettre ou le même code aux écritures rapprochées.

Date Libellé Débit Crédit Lettre
05/10 Facture FV-125 1 200 € — AA
25/10 Virement FV-125 — 1 200 € AA

Selon le logiciel, le système peut utiliser des lettres, des codes, un identifiant interne ou simplement un statut de rapprochement.

5. Pourquoi le lettrage est-il utile si le solde est déjà calculé ?

Parce que le solde global ne suffit pas toujours à comprendre la situation.

Facture A : 1 000 €

Facture B : 2 000 €

Règlement : 1 000 €

Le compte client présente un solde débiteur de :

1 000 + 2 000 − 1 000 = 2 000 €.

Mais le solde seul ne dit pas immédiatement quelle facture reste due.

6. Le lettrage apporte l’explication

Si le règlement de 1 000 € correspond à la facture A :

Facture A : lettrée

Règlement de 1 000 € : lettré

Facture B : non lettrée — 2 000 € restant dus

Le solde indique combien le tiers doit globalement. Le lettrage permet de comprendre quelles écritures expliquent ce solde.

7. Le fonctionnement du compte client

Dans le cas courant, une facture client augmente la créance.

Le compte 411 est débité.

Lorsque le client règle, le compte 411 est crédité.

Facture client

411 au débit

↓

Règlement client

411 au crédit

↓

Les deux mouvements peuvent se compenser.

Le PCG 2026 prévoit bien que le compte 411 est débité des factures de ventes et crédité notamment lors des règlements reçus des clients.

8. Exemple complet côté client

Client : Nova SARL

Facture FV-2026-180 : 2 400 € TTC

Virement reçu : 2 400 €

Dans le compte client :

Écriture Débit Crédit
Facture FV-2026-180 2 400 € —
Règlement — 2 400 €

Total débit : 2 400 €.

Total crédit : 2 400 €.

Différence : 0 €.

Les deux écritures peuvent être lettrées ensemble.

9. Le fonctionnement du compte fournisseur

Le raisonnement est inversé pour une dette fournisseur.

Dans le cas courant :

Facture fournisseur

401 au crédit

↓

Règlement fournisseur

401 au débit

↓

Les deux mouvements peuvent se compenser.

10. Exemple complet côté fournisseur

Fournisseur : OfficePro

Facture OP-7825 : 840 €

Règlement : 840 €

Écriture Débit Crédit
Facture OP-7825 — 840 €
Règlement 840 € —

Les deux écritures se compensent exactement.

Elles peuvent être lettrées.

11. Lettrage total

Lettrage total

Situation dans laquelle les écritures sélectionnées se compensent exactement.

Débits sélectionnés : 1 200 €

Crédits sélectionnés : 1 200 €

Écart : 0 €

L’ensemble est soldé.

12. Le cas du règlement partiel

Une facture n’est pas toujours réglée en une seule fois.

Facture client : 3 000 €

Premier règlement : 1 000 €

Il reste :

3 000 − 1 000 = 2 000 €.

Le client a bien payé quelque chose, mais la facture n’est pas soldée.

13. Lettrage partiel et lettrage total : attention au logiciel utilisé

Les logiciels ne présentent pas tous de la même manière les règlements partiels.

Certains proposent un statut de rapprochement partiel, un lettrage partiel ou une fonction équivalente.

D’autres conservent l’ensemble comme non totalement lettré tant que le solde n’est pas nul.

Ne confondez pas la fonction technique du logiciel avec la réalité comptable.

Quelle que soit l’interface, une facture de 3 000 € ayant reçu seulement 1 000 € présente encore 2 000 € à encaisser.

14. Deuxième règlement du client

Le client verse ensuite : 2 000 €.

Facture : 3 000 € au débit

Premier règlement : 1 000 € au crédit

Deuxième règlement : 2 000 € au crédit

Total des crédits :

1 000 + 2 000 = 3 000 €.

L’ensemble se compense maintenant totalement.

15. Une facture peut donc correspondre à plusieurs règlements

Facture : 4 800 €

Règlement 1 : 2 000 €

Règlement 2 : 1 500 €

Règlement 3 : 1 300 €

Total :

2 000 + 1 500 + 1 300 = 4 800 €.

Les quatre écritures forment un ensemble soldé.

16. Un règlement peut également couvrir plusieurs factures

Facture A : 500 €

Facture B : 800 €

Facture C : 700 €

Virement reçu : 2 000 €

Calcul :

500 + 800 + 700 = 2 000 €.

Les trois factures et le règlement peuvent être associés dans un même ensemble de lettrage.

17. Pourquoi le montant seul ne suffit-il pas toujours ?

Supposons que le client possède deux factures :

Facture A : 1 000 €

Facture B : 1 000 €

Virement : 1 000 €

Le logiciel voit deux correspondances mathématiquement possibles.

Mais une seule facture a peut-être réellement été réglée.

Même montant ≠ même opération.

Il faut rechercher la référence, la date, l’avis de paiement ou toute autre information disponible.

18. Les références facilitent le lettrage

Libellé bancaire : VIR NOVA FV184

Facture : FV184 — 1 000 €

La référence FV184 renforce fortement la correspondance.

Une bonne qualité des références de facture et des libellés facilite donc les traitements automatiques et manuels.

19. Les avoirs participent également au lettrage

Le solde d’un tiers ne dépend pas uniquement des factures et des règlements.

Un avoir peut également réduire une créance ou une dette.

Facture client : 1 200 €

Avoir client : 200 €

Règlement : 1 000 €

Calcul :

1 200 − 200 − 1 000 = 0 €.

20. L’avoir doit être intégré à l’ensemble correspondant

Facture : 1 200 € au débit du 411

Avoir : 200 € au crédit du 411

Règlement : 1 000 € au crédit du 411

Total débit : 1 200 €.

Total crédit : 1 200 €.

L’ensemble est soldé.

21. Même principe côté fournisseur

Facture fournisseur : 2 000 €

Avoir fournisseur : 300 €

Règlement : 1 700 €

La dette nette est :

2 000 − 300 = 1 700 €.

L’ensemble peut donc se compenser totalement.

22. Pourquoi les avoirs oubliés créent-ils de faux impayés ?

Supposons :

Facture : 2 000 €

Avoir : 300 €

Paiement : 1 700 €

Si l’utilisateur rapproche uniquement la facture et le paiement, il constate artificiellement une différence de 300 €.

L’avoir explique précisément cette différence.

Avant de conclure qu’une facture est partiellement impayée, il faut examiner toutes les écritures du compte du tiers.

23. Le paiement reçu avant la facture

Il peut arriver qu’un règlement apparaisse dans le compte du tiers sans qu’une facture correspondante soit encore disponible dans le compte concerné.

Règlement client : 1 500 €

Aucune facture correspondante dans le compte 411.

Il ne faut pas sélectionner une facture quelconque uniquement pour faire disparaître le règlement.

24. Un règlement non lettré est une information

Il peut signifier notamment :

  • que la facture n’a pas encore été identifiée ;
  • que le règlement a été affecté au mauvais tiers ;
  • qu’une facture manque ;
  • qu’il s’agit d’une avance ou d’un acompte ;
  • qu’une écriture de régularisation doit être recherchée ;
  • que le lettrage n’a simplement pas encore été effectué.

Une écriture non lettrée n’est pas automatiquement une erreur. Elle constitue un élément à analyser.

25. Un solde client créditeur mérite une analyse

Dans la situation courante, un compte client présente une créance de l’entreprise et possède donc généralement un solde débiteur.

Un solde créditeur peut néanmoins apparaître.

Factures ouvertes : 1 000 €

Règlements : 1 200 €

Solde : 200 € créditeur

Cela peut notamment révéler :

  • un trop-perçu ;
  • une avance ou un acompte ;
  • un avoir ;
  • une facture manquante ;
  • une mauvaise affectation ;
  • un doublon de règlement.

26. Un solde fournisseur débiteur mérite également une analyse

Dans le cas courant, le compte fournisseur représente une dette et présente donc généralement un solde créditeur.

Un solde débiteur peut notamment correspondre :

  • à une avance ou un acompte versé ;
  • à un avoir à recevoir ou déjà comptabilisé ;
  • à un trop-payé ;
  • à une facture manquante ;
  • à une mauvaise imputation ;
  • à une autre situation à analyser.

Le PCG distingue d’ailleurs des comptes spécifiques pour plusieurs situations de fournisseurs débiteurs et de clients créditeurs.

27. Lettrer ne signifie donc pas simplement chercher zéro

Le logiciel peut permettre de trouver rapidement des combinaisons de montants dont la somme est nulle.

Mais le comptable doit encore vérifier que ces écritures correspondent réellement entre elles.

Une égalité mathématique ne prouve pas une relation économique.

28. Exemple d’un mauvais lettrage mathématiquement parfait

Facture client A : 500 €

Facture client B : 500 €

Règlement du client : 500 €

Le règlement peut mathématiquement compenser l’une ou l’autre facture.

Mais si le client a indiqué qu’il règle la facture B, lettrer la facture A serait incorrect.

29. Le lettrage automatique

De nombreux logiciels peuvent proposer un lettrage automatique.

Ils recherchent des écritures susceptibles de se compenser.

Facture : 1 440 €

Règlement : 1 440 €

Même tiers, dates proches, référence compatible.

Le logiciel peut proposer de les associer.

30. Quels critères peuvent être utilisés ?

Selon le logiciel, la proposition peut notamment s’appuyer sur :

  • le compte de tiers ;
  • le montant ;
  • la date ;
  • la référence ;
  • le numéro de facture ;
  • le libellé ;
  • l’échéance ;
  • des règles de rapprochement paramétrées.

31. Le lettrage automatique doit être contrôlé

Le risque augmente notamment lorsqu’un tiers possède :

  • plusieurs factures du même montant ;
  • beaucoup d’écritures ;
  • plusieurs paiements groupés ;
  • des avoirs ;
  • des règlements partiels ;
  • des références insuffisantes.
Automatique signifie « proposé ou exécuté selon une règle », pas « nécessairement juste ».

32. Le lettrage manuel

Lorsque la correspondance n’est pas suffisamment évidente, l’utilisateur peut sélectionner manuellement les écritures concernées.

1. Ouvrir le compte du tiers.

2. Afficher les écritures non lettrées.

3. Identifier la facture.

4. Rechercher son règlement ou son avoir.

5. Contrôler les références.

6. Sélectionner les écritures correspondantes.

7. Vérifier l’équilibre.

8. Valider le lettrage.

33. Pourquoi afficher seulement les écritures non lettrées ?

Un compte actif depuis plusieurs années peut contenir des centaines ou des milliers d’écritures.

Les opérations déjà soldées peuvent masquer celles qui nécessitent réellement une intervention.

L’affichage des écritures non lettrées transforme le compte du tiers en véritable outil de suivi des opérations ouvertes.

34. Exemple d’un compte avant lettrage

Écriture Débit Crédit
Facture A 1 000 € —
Règlement A — 1 000 €
Facture B 1 500 € —
Facture C 800 € —

Solde global : 2 300 € débiteur.

35. Après lettrage de la facture A

Facture A et règlement A reçoivent le même code de lettrage.

En affichant uniquement les écritures non lettrées, il reste :

Facture B : 1 500 €

Facture C : 800 €

Total restant : 2 300 €

Le montant n’a pas changé, mais sa composition est immédiatement lisible.

36. Le lettrage aide au suivi des échéances

Une fois les opérations soldées écartées, l’entreprise peut concentrer son attention sur les factures encore ouvertes.

Facture B : 1 500 €

Échéance : 15 novembre

Facture C : 800 €

Échéance : 15 décembre

Si nous sommes le 30 novembre, la facture B nécessite potentiellement une action de suivi, alors que la facture C n’est pas encore échue.

37. Le lettrage facilite donc les relances clients

Pour relancer correctement un client, il faut éviter de lui réclamer une facture déjà réglée.

Un compte correctement lettré permet de mieux distinguer :

  • les factures réglées ;
  • les factures partiellement réglées ;
  • les factures ouvertes ;
  • les factures échues ;
  • les règlements non affectés ;
  • les avoirs à prendre en compte.

38. Il facilite également le suivi des fournisseurs

Le même principe permet de savoir quelles factures fournisseurs restent réellement à payer.

Un compte fournisseur mal lettré peut conduire à croire qu’une facture reste due alors qu’elle a déjà été réglée.

39. Le délettrage

Un lettrage peut avoir été effectué sur les mauvaises écritures.

Le logiciel permet généralement de retirer l’association afin de recommencer correctement.

Délettrage

Opération consistant à supprimer le lien de lettrage entre des écritures, sans pour autant supprimer les écritures comptables elles-mêmes.

40. Délettrer n’est pas supprimer une écriture

Facture A : 1 000 €

Facture B : 1 000 €

Le règlement destiné à B a été lettré par erreur avec A.

La facture A, la facture B et le règlement sont comptablement corrects.

C’est uniquement leur association qui est incorrecte.

Il faut corriger le lettrage, pas inventer une écriture comptable.

41. Quand faut-il corriger l’écriture elle-même ?

Si l’analyse montre que l’écriture est réellement erronée, le problème dépasse le lettrage.

Règlement du client Alpha enregistré par erreur dans le compte du client Beta.

Délettrer ne suffit pas.

L’imputation comptable doit également être corrigée selon le statut de l’écriture et les fonctions prévues par le logiciel.

42. Le lettrage comme outil de contrôle

Une liste d’écritures non lettrées peut révéler de nombreuses anomalies.

  • facture ancienne non réglée ;
  • règlement non affecté ;
  • avoir oublié ;
  • paiement partiel ;
  • doublon ;
  • facture manquante ;
  • mauvais tiers ;
  • erreur de montant ;
  • avance ou acompte mal traité ;
  • ancienne écriture jamais analysée.

43. L’ancienneté des écritures non lettrées est importante

Facture client : 500 €

Date : 18 mois auparavant

Toujours non lettrée.

Il faut rechercher pourquoi cette écriture est toujours ouverte.

Elle peut correspondre à une véritable créance impayée, mais aussi à une anomalie ancienne.

Une écriture ancienne non lettrée ne doit pas devenir invisible simplement parce qu’elle est ancienne.

44. Lettrage et balance âgée

Le suivi des créances et dettes par ancienneté est d’autant plus pertinent que les comptes de tiers sont correctement suivis.

Les écritures ouvertes peuvent ensuite être analysées par échéance ou ancienneté.

Non échu : 4 000 €

Retard de 1 à 30 jours : 2 000 €

Retard de 31 à 60 jours : 1 000 €

Retard supérieur : 500 €

Cette analyse permet de prioriser les contrôles et les actions de recouvrement.

45. Attention : non lettré ne signifie pas nécessairement impayé

C’est une nuance essentielle.

Facture : 1 000 €

Règlement : 1 000 €

Les deux écritures existent, mais personne n’a encore effectué le lettrage.

La facture est économiquement réglée, même si les écritures sont encore non lettrées.

« Non lettré » signifie « non rapproché dans le compte », pas automatiquement « non payé ».

46. Inversement, lettré ne doit pas masquer une mauvaise association

Une facture peut apparaître comme soldée dans l’interface parce qu’elle a été lettrée avec la mauvaise écriture.

Le statut technique ne dispense donc jamais du contrôle de cohérence.

47. Lettrage et rapprochement bancaire : exemple complet

Un client règle une facture de 2 400 €.

Étape 1 — Facture

411 Client : 2 400 € au débit.

Étape 2 — Encaissement

512 Banque : 2 400 € au débit.

411 Client : 2 400 € au crédit.

Étape 3 — Lettrage

Dans le compte 411, la facture et le règlement sont associés.

Étape 4 — Rapprochement bancaire

Dans le compte 512, l’encaissement comptable est comparé au mouvement figurant à la banque.

Une seule opération économique peut donc entraîner plusieurs contrôles différents.

48. Ne pas confondre les trois étapes

Étape Question
Règlement Le paiement a-t-il été comptabilisé ?
Lettrage À quelle facture ou à quelles écritures ce paiement correspond-il ?
Rapprochement bancaire Le mouvement comptable de banque correspond-il au mouvement figurant à la banque ?

49. Cas professionnel complet : compte client

Le compte du client Horizon contient les écritures suivantes :

Opération Débit Crédit
Facture F101 1 200 € —
Facture F102 2 000 € —
Avoir AV15 — 200 €
Virement V1 — 1 000 €
Virement V2 — 1 500 €

50. Première analyse du compte Horizon

Total débit :

1 200 + 2 000 = 3 200 €.

Total crédit :

200 + 1 000 + 1 500 = 2 700 €.

Solde débiteur :

3 200 − 2 700 = 500 €.

Le client doit donc globalement 500 € selon ces écritures.

51. Mais quelles écritures correspondent entre elles ?

Les références montrent que :

L’avoir AV15 de 200 € concerne la facture F101.

Le virement V1 de 1 000 € règle le solde de F101.

Nous avons donc :

1 200 − 200 − 1 000 = 0 €.

F101, AV15 et V1 peuvent être lettrés ensemble.

52. Que reste-t-il après ce premier lettrage ?

Facture F102 : 2 000 €

Virement V2 : 1 500 €

Reste dû :

2 000 − 1 500 = 500 €.

On retrouve bien le solde global du compte.

53. Ce que le lettrage nous apprend ici

F101 est totalement soldée.

F102 est partiellement réglée.

Horizon doit encore 500 €.

Le simple solde de 500 € ne donnait pas à lui seul toutes ces informations.

54. Cas professionnel côté fournisseur

Le compte du fournisseur TechPro contient :

Facture A : 1 800 € au crédit

Facture B : 600 € au crédit

Avoir : 200 € au débit

Règlement : 1 600 € au débit

L’avoir concerne la facture A.

1 800 − 200 = 1 600 €.

Le règlement de 1 600 € solde donc la facture A après prise en compte de l’avoir.

La facture B de 600 € reste ouverte.

55. Le lettrage permet donc de contrôler le solde fournisseur

Après lettrage :

Facture A : soldée

Avoir : associé à A

Règlement : associé à A

Facture B : 600 € restant dus

56. Méthode professionnelle de lettrage

  1. Sélectionner le bon compte client ou fournisseur.
  2. Afficher les écritures non lettrées.
  3. Identifier les factures ouvertes.
  4. Rechercher les règlements correspondants.
  5. Rechercher les éventuels avoirs.
  6. Comparer les montants.
  7. Contrôler les références et les dates.
  8. Vérifier la réalité économique de la correspondance.
  9. Identifier les règlements partiels ou groupés.
  10. Contrôler les propositions automatiques du logiciel.
  11. Sélectionner uniquement les écritures réellement liées.
  12. Vérifier le solde de l’ensemble sélectionné.
  13. Valider le lettrage lorsqu’il est justifié.
  14. Analyser les écritures qui restent ouvertes.
  15. Délettrer et recommencer si une association est incorrecte.

57. Les erreurs les plus fréquentes

Erreur 1 — Lettrer uniquement parce que les montants sont identiques

Deux factures différentes peuvent avoir le même montant.

Erreur 2 — Oublier un avoir

La facture peut sembler partiellement impayée alors que l’avoir explique l’écart.

Erreur 3 — Considérer toute écriture non lettrée comme impayée

Le règlement peut exister sans avoir encore été lettré.

Erreur 4 — Confondre règlement partiel et règlement total

Une partie de la créance ou de la dette reste ouverte.

Erreur 5 — Lettrer un règlement avec une facture quelconque

L’objectif n’est pas de faire disparaître les écritures ouvertes, mais de reproduire la réalité.

Erreur 6 — Confondre lettrage et rapprochement bancaire

Le premier travaille dans le compte du tiers, le second compare le compte bancaire avec les informations de la banque.

Erreur 7 — Supprimer une écriture correcte parce que le lettrage est faux

Il peut suffire de délettrer et de refaire l’association.

Erreur 8 — Accepter tous les lettrages automatiques

Le logiciel peut sélectionner une combinaison mathématiquement correcte mais économiquement fausse.

Erreur 9 — Ignorer les anciennes écritures non lettrées

Elles peuvent révéler un impayé ou une anomalie.

Erreur 10 — Ne regarder que le solde global

Deux comptes ayant le même solde peuvent contenir des situations très différentes.

58. Checklist avant de valider un lettrage

  • □ bon compte client ou fournisseur ;
  • □ bonne facture ;
  • □ bon règlement ;
  • □ avoir éventuel pris en compte ;
  • □ références vérifiées ;
  • □ dates cohérentes ;
  • □ montant cohérent ;
  • □ règlement total ou partiel correctement identifié ;
  • □ règlement groupé correctement réparti ;
  • □ absence de sélection fondée uniquement sur une égalité de montant ;
  • □ correspondance économique réelle ;
  • □ proposition automatique contrôlée ;
  • □ solde restant dû correctement identifié ;
  • □ écritures non lettrées restantes analysées.

59. Ce qu’il faut retenir

À retenir

  • Le lettrage associe les écritures qui correspondent dans un compte de tiers.
  • Il ne crée normalement pas une nouvelle écriture comptable.
  • Une facture client est généralement débitée au 411 et son règlement crédite le 411.
  • Une facture fournisseur est généralement créditée au 401 et son règlement débite le 401.
  • Une facture et son règlement total peuvent se compenser entièrement.
  • Une facture peut être réglée en plusieurs fois.
  • Un règlement peut solder plusieurs factures.
  • Les avoirs doivent être intégrés au raisonnement.
  • Une écriture non lettrée n’est pas automatiquement un impayé.
  • Un lettrage mathématiquement possible n’est pas nécessairement correct.
  • Le lettrage automatique doit être contrôlé.
  • Le délettrage retire l’association entre écritures sans supprimer les écritures elles-mêmes.
  • Les écritures non lettrées permettent d’identifier les opérations restant à analyser.
  • Le lettrage facilite le suivi des créances, des dettes, des échéances et des relances.
  • Le lettrage des tiers et le rapprochement bancaire sont deux contrôles différents et complémentaires.

Mini-test

1. Une facture client de 1 200 € et son règlement de 1 200 € sont présents dans le compte 411. À quoi sert le lettrage ?
Voir la réponse

À associer les deux écritures pour indiquer qu’elles correspondent à une même opération soldée.

2. Lettrer une facture et son règlement crée-t-il une nouvelle écriture comptable ?
Voir la réponse

Non. Le lettrage associe des écritures déjà existantes.

3. Une facture de 3 000 € a reçu un règlement de 1 000 €. Combien reste-t-il dû ?
Voir la réponse

3 000 − 1 000 = 2 000 €.

4. Trois factures de 500 €, 800 € et 700 € sont réglées par un seul virement de 2 000 €. Peuvent-elles appartenir au même ensemble de lettrage ?
Voir la réponse

Oui, si le virement correspond réellement à ces trois factures.

5. Une facture client de 1 200 €, un avoir de 200 € et un règlement de 1 000 € sont présents. Quel est le reste dû ?
Voir la réponse

1 200 − 200 − 1 000 = 0 €.

6. Deux factures différentes font chacune 1 000 €. Un règlement de 1 000 € est reçu. Peut-on choisir n’importe laquelle pour le lettrage ?
Voir la réponse

Non. Il faut rechercher la facture réellement réglée à partir des références, dates, avis de paiement et autres informations disponibles.

7. Une écriture non lettrée signifie-t-elle forcément que la facture n’a pas été payée ?
Voir la réponse

Non. Le règlement peut déjà exister sans avoir encore été rapproché avec la facture dans le compte.

8. Quelle différence existe entre lettrage et rapprochement bancaire ?
Voir la réponse

Le lettrage rapproche les écritures correspondantes dans un compte, notamment client ou fournisseur. Le rapprochement bancaire compare les écritures du compte de banque avec les mouvements fournis par la banque.

9. Un règlement a été lettré avec la mauvaise facture mais toutes les écritures sont comptablement correctes. Faut-il supprimer le règlement ?
Voir la réponse

Non. Il faut normalement corriger l’association de lettrage, par exemple en délettrant puis en effectuant le bon lettrage.

10. Pourquoi faut-il analyser les anciennes écritures non lettrées ?
Voir la réponse

Parce qu’elles peuvent révéler un véritable impayé, un règlement non affecté, un avoir oublié, une facture manquante, un mauvais tiers ou une autre anomalie.

Compétence acquise

Vous savez désormais lettrer et contrôler les comptes clients et fournisseurs dans un logiciel comptable.

Vous savez associer factures, avoirs et règlements, traiter les situations comportant plusieurs factures ou plusieurs paiements, et distinguer ce qui est réellement soldé de ce qui reste ouvert.

Vous savez surtout utiliser le lettrage comme un véritable outil de contrôle : une écriture non lettrée doit être comprise, et une écriture lettrée doit avoir été associée pour une raison comptable réelle, pas seulement parce que les chiffres coïncident.

La suite

Vous savez maintenant enregistrer les règlements, contrôler la banque et analyser les comptes de tiers grâce au lettrage.

La prochaine compétence du chapitre permettra de poursuivre la maîtrise du logiciel comptable sans anticiper son contenu.

Exercices du cours

Entraînez-vous avec 15 exercices progressifs. Ouvrez un exercice pour répondre, puis afficher sa correction.